Le 28 mars 2025, à la veille de la Conférence des Nations unies sur les Océans (UNOC 3, 9-13 juin 2025 à Nice), la Polynésie française, par la voix de son président, a signé la déclaration Te Reo o Te Moana (la Voix de l’Océan), conjointement avec Wallis et Futuna et plus d’une trentaine d’organisations de pays et territoires du Pacifique. La déclaration, qui rappelle les liens ancestraux des peuples du Pacifique avec l’océan et appelle à sa protection collective, trouve un écho particulier en Polynésie française. Ce territoire de plus de 2,5 millions de km² et 4167 km² de terres émergées répartis sur 118 îles a été choisi par la France pour l’implantation du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP), prolongeant le « stigmate nucléaire du Pacifique » (Meltz 2024) causé par les essais étatsuniens et britanniques dans les Îles Marshall, aux Kiribati, en Australie et dans l’atoll de Kalama. Au-delà des atolls de tirs de Moruroa et Fangataufa, où la France a ainsi réalisé 193 tirs nucléaires aériens (1966-1974) puis souterrains (1975-1996), le CEP s’est déployé de 1963 à 2000 à l’échelle de l’ensemble de la Polynésie française. Les dommages causés à l’environnement océanique par les tirs eux-mêmes, par les infrastructures qu’ils ont nécessité et par le projet modernisateur de la Polynésie voulu par les autorités françaises, commencent seulement à être étudiés dans une logique systémique, en lien avec les transformations politiques, sociales et culturelles du territoire (Meltz et Vrignon, 2022 ; Meltz, Furst et Vrignon, 2025), alors que les interrogations sociales sur la conservation des mers se font de plus en plus vive face aux enjeux du changement global et de l’exploitation des océans.

Le projet Transitions Environnementales : Mondes Océaniques et Approches du Nucléaire dans les Archipels (TE MOANA) a ainsi pour vocation d’étudier, dans une perspective transdisciplinaire et comparée et avec une approche plus-qu’humaine, les conséquences environnementales de l’implantation et du fonctionnement du CEP sur le milieu océanique, et de les confronter aux savoirs et représentations de l’océan en tant qu’espace de science, de mémoire et de lutte dans le contexte des essais nucléaires et de leurs héritages. À partir d’archives, dont plusieurs fonds inédits, et d’entretiens semi-directifs, il entend répondre à trois questions :

  1. Dans le contexte des altérations de l’environnement polynésien directement ou indirectement liés aux essais nucléaires menés entre 1966 et 1996, dans quels domaines scientifiques et par quels acteurs les pollutions de l’océan ont-elles suscité une production de connaissance sur l’océan ?
  2. Comment ces savoirs divers ont-ils circulé entre ces acteurs à différentes échelles, y compris vers et depuis d’autres sites nucléarisés ou d’autres puissances nucléaires ?
  3. Comment, enfin, ont-ils conditionné les représentations passées et actuelles de l’environnement océanique, s’articulant à des discours et des pratiques scientifiques, politiques, militantes ou vernaculaires parfois antagonistes ?

Ce projet est lauréat de l'appel à projet 2025 "Océan - Mondes sociaux, mondes vivants" de la Fondation des Maisons des Sciences de l'Homme". Un grand bravo à ses porteurs, Benjamin FURST (UHA / CRESAT) et Manatea TAIARUI (UPF / MSHP) !

Plus d'informations : https://www.fmsh.fr/projet/te-moana

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