Après une première saison analysant la place des territoires océaniens dans le grand récit sur la “modernité”, puis une seconde saison s’intéressant aux enjeux de souveraineté propres à la région, le séminaire “Pasifika, des îles dans la mondialisation” poursuit sur sa lancée. Cette année, le séminaire propose de croiser les trois notions “Circulations, ressources, territorialités” pour éclairer les dynamiques socio-économiques, politiques et spatiales à l’oeuvre en Océanie. En effet, on ne peut plus, depuis Epeli Hau’ofa, s’en tenir à la perspective continentalo-centrée qui faisait des territoires insulaires du Pacifique des espaces isolés, à l’écart des grands réseaux globalisés, figés dans une situation de dépendance vis-à-vis de puissances extérieures.

Comme ailleurs, l’exploitation et la consommation de ressources (matérielles et immatérielles) ainsi que la mobilité des personnes contribuent aux grandes circulations et aux échanges qui définissent la mondialisation, et les échanges entre les îles du Pacifique. Historiquement, ces circulations ont été précocement valorisées, codifiées en Océanie (kula), selon une conception du déplacement qui restait compatible avec l’ancrage dans un lieu d’origine, définissant des territorialités souples. Ces circulations font désormais partie de l’historiographie classique.

La colonisation a profondément déséquilibré ces systèmes, remis en cause ou rigidifiés, et instauré une asymétrie durable des échanges. Les stratégies de développement mises en œuvre pour répondre à ces déséquilibres se sont émancipées des héritages coloniaux en passant par de nouvelles dépendances exogènes qui redéfinissent les rapports aux ressources, aux mobilités et aux territoires. L’exploitation minière est ainsi parfois perçue comme un instrument pour une émancipation économique des anciennes puissances coloniales, mais elle représente aussi de nouvelles dépendances (vis-à-vis de la demande au marché mondial, des multinationales, etc.) qui sont difficiles à maîtriser. Le séminaire Pasifika interroge ainsi le rôle de l’exploitation des ressources dites “naturelles”, leur importance dans la construction d’identité territoriale et leur place dans les enjeux géopolitiques actuels.

Les dynamiques contemporaines en Océanie sont travaillées par une tension entre des héritages historiques et des pratiques relationnelles ancrées dans des conceptions autochtones de la circulation et du territoire, d’une part, et des dispositifs politiques, économiques et juridiques issus de la colonisation et de la mondialisation néolibérale d’autre part. Loin de se réduire à une opposition figée, cette tension se manifeste à travers des recompositions constantes des rapports aux ressources, aux mobilités et aux espaces, révélant la capacité des sociétés océaniennes à négocier, adapter et parfois subvertir les cadres imposés.

La 3e saison du séminaire Pasifika propose de mettre en dialogue circulations, ressources et territorialités, pour interroger les processus de transformation à l’oeuvre dans un espace qui n’est plus conçu comme une périphérie passive de la mondialisation: nous considérons des sociétés actrices, productrices de normes, de savoirs et de formes originales d’inscription dans le monde.

Le programme et les videos des différentes séances sont à retrouver sur le site internet du séminaire : https://pasifika.hypotheses.org/

 

Evènements organisés par Matthias Kowasch (Sorbonne Université, Médiations), Renaud Meltz (CNRS, CAK), Florence Mury (CNRS, MSHP), Serge Tcherkézoff (EHESS, CREDO), Samuel Gorohouna (Université de la Nouvelle-Calédonie, LARJE), Pierre Metsan (Université Nationale du Vanuatu) et Teriitutea Quesnot (Université Côte d’Azur, UMR ESPACE)